1 Traduire n'est pas être trouvé
C'est le malentendu qui coûte le plus cher. Faire traduire son site produit un texte en anglais ; cela ne produit pas une présence dans les résultats de recherche anglophones, et les deux choses n'ont presque rien à voir.
Un traducteur restitue fidèlement ce que vous avez écrit en français. Or vos pages françaises répondent aux questions que se pose un client français. Un client étranger se pose des questions différentes, dans un ordre différent, avec des inquiétudes que votre client local n'a jamais. Une traduction parfaite d'une page qui ne répond pas à sa question reste invisible.
2 Ce que cherche réellement un client étranger
Les écarts sont systématiques et faciles à anticiper une fois qu'on les a vus une fois.
- Il cherche par situation, pas par métier. Il ne connaît pas forcément le nom français de votre spécialité, et décrit son problème plutôt que votre profession.
- Il a des inquiétudes que le client local n'a pas : parlez-vous anglais, acceptez-vous un paiement étranger, faut-il un rendez-vous, comment fonctionne la facturation, quels documents devra-t-il fournir.
- Il compare peu et décide vite, parce qu'il est de passage ou qu'il vient de s'installer. Le premier interlocuteur lisible l'emporte souvent sur le meilleur. C'est flagrant en hôtellerie, où la décision se prend en quelques minutes.
Une page anglaise construite autour de ces questions se positionne, alors que la traduction littérale de votre page d'accueil ne se positionne sur rien.
Qu'il faille un site entièrement bilingue. C'est justement l'erreur qui décourage la plupart des commerçants avant même de commencer. Trois à cinq pages bien choisies produisent l'essentiel du résultat, et une version anglaise partielle mais utile vaut infiniment mieux qu'un projet complet reporté depuis deux ans.
3 Les trois erreurs techniques qui annulent tout
Elles sont fréquentes, et chacune suffit à rendre le travail de traduction totalement invisible. Les corriger coûte peu, mais il faut savoir qu'elles existent.
La traduction automatique dans le navigateur
Un module qui traduit la page côté visiteur ne crée aucune page nouvelle. Le moteur de recherche lit le code source, c'est-à-dire le français, et n'a jamais connaissance de la version anglaise. Elle n'existe donc pour personne d'autre que le visiteur déjà présent.
Deux langues à la même adresse
Un bouton qui masque le français pour afficher l'anglais laisse une seule adresse, avec un contenu mélangé. Le signal thématique se dilue dans les deux langues, et vous ne pouvez mesurer séparément ni l'une ni l'autre.
Les balises de langue absentes ou fausses
La balise qui déclare la correspondance entre deux versions doit être réciproque et pointer vers des adresses qui existent réellement. Déclarée dans un seul sens, ou pointant vers une page absente, elle est purement et simplement ignorée.
4 Quelles pages traduire en premier
L'ordre compte davantage que le volume. Une règle simple fonctionne dans presque tous les métiers : traduisez d'abord ce qui déclenche un contact, jamais ce qui vous décrit.
Concrètement, cela donne la page de la prestation la plus demandée par les étrangers, une page qui répond aux questions pratiques de quelqu'un qui n'est pas français, et la page de contact avec vos modalités réelles. La page « à propos » et l'historique de la maison viennent bien après, malgré la tentation de commencer par eux.
5 Un terrain que vos concurrents laissent vide
C'est l'argument décisif, et il tient à une particularité du marché français. La plupart des commerces et cabinets parisiens ne publient rien en anglais, non par calcul mais parce que personne ne s'en est chargé.
La conséquence est mesurable : sur les recherches anglophones, la concurrence se réduit souvent à des annuaires, à des plateformes internationales et à deux ou trois acteurs. Un commerce qui publie quatre pages sérieuses en anglais se retrouve fréquemment mieux placé sur ces recherches que sur les recherches françaises équivalentes, où il affronte tout le monde.
6 Le coût réel, sans enjolivement
Une version anglaise n'est pas gratuite, et il serait malhonnête de le laisser croire. Elle suppose un travail de rédaction, une structure technique correcte, et surtout une capacité à répondre en anglais quand quelqu'un écrit.
Ce dernier point est celui que l'on oublie et le seul qui puisse se retourner contre vous. Attirer une demande à laquelle personne ne sait répondre produit des messages sans suite et des avis médiocres. Avant de traduire, réglez la question de qui répond, et dans quel délai.
Quelles langues, et dans quel ordre
L'anglais d'abord, dans presque tous les cas, parce qu'il sert aussi de langue de secours pour des visiteurs qui ne sont ni anglophones ni francophones. Il capte donc bien au-delà de sa propre audience.
Ensuite, la réponse dépend de votre clientèle réelle plutôt que de statistiques générales. L'espagnol, l'allemand et l'italien se justifient selon le métier et le quartier. Le meilleur indicateur reste vos propres données de fréquentation, qui disent d'où viennent déjà vos visiteurs avant même que vous ayez traduit quoi que ce soit.
Un cas mérite d'être traité à part : le commerce en ligne, où rien n'empêche techniquement d'expédier ailleurs. La question des langues s'y pose donc dès le premier jour, et une boutique qui traduit ses pages catégorie ouvre un marché sans modifier un seul élément de sa logistique.
À faire cette semaine
Ouvrez vos statistiques de fréquentation et regardez la répartition par pays des douze derniers mois. Vous saurez en cinq minutes si le sujet vous concerne, et dans quelle langue. Puis prenez la prestation la plus demandée par les étrangers et écrivez-en la version anglaise en répondant à leurs questions, pas en traduisant la vôtre.